Les Rencontres ASPA en 2022
 

"Ce qui est visible est le reflet de ce qui est invisible."
           Le Livre de la Splendeur

Une nouvelle session de rencontres entre artistes et le public sur le thème de l'Artiste et la Transcendance est organisée du mercredi 14 au dimanche 18 septembre 2022 inclus.

Le site est, comme en 2021, la Chapelle de l'Oratoire, rue Joseph Vernet à Avignon.


 

Artistes participants aux RENCONTRES ASPA 2022 

 

                                                                          Isabeau CHIRAT

 

                                                                          Bernard DUMAS

 

                                                                          Marie-Laure GERARD-BECUWE

 

                                                                          Elodie GONZALVEZ

 

                                                                          Pierre HUART

 

                                                                         Vincent LAJARIGE

 

                                                                         Bruno LESOURD

 

                                                                        Marie-Gilles LEBARS

 

 

Bernard Dumas

Quand on parle de transcendance, on touche au domaine de l’invisible et de la métaphysique qui ne peut se représenter et il y a quelque chose d’inaccessible pour le photographe que je suis à travailler sur ce sujet de façon frontale. J’ai besoin de donner du corps et du sens aux images, aussi abstraites soient-elles. De là à m’aventurer sur un sujet plus concret et modeste, même si mon intention est d’aller au-delà et de déclencher peut- être une impression d’élévation ou d’aspiration. 

On touche dès lors à un paradoxe puisque il s’agit de transgresser le cadre de l’image -élément constitutif de la photographie- pour susciter un hors-champ. Ces images mentales mettent en tension ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. Elles nous parlent d’un ailleurs intériorisé. 

Dans ce lieu de spiritualité et d’élévation qu’est la chapelle de l’Oratoire, il me paraissait opportun de m’adresser à l’intériorité du visiteur. D’où l’idée d’une installation composée d’une vidéo et d’un mannequin de migrant qui questionne le drame des réfugiés au moment même où les questions identitaires sont agitées par les extrêmes. Sur l’écran vidéo surgissent des images d’eau qui se fracasse alors qu’on entend off un jeune africain raconter sa traversée dramatique de la Méditerranée. S’en suit une série de photos en résonance avec ce sujet, mais de façon plus implicite et souterraine. 

A côté de cette installation est exposé un tableau de la mer Méditerranée en triptyque, évocation du drame entendu précédemment. Viennent ensuite des photographies de silhouettes traitées sous un angle de plus en plus abstrait, avec une progression vers la lumière, la nature et l’apaisement.

Bernard Dumas

Vincent Lajarige

Vincent Lajarige est né à Rouen en 1948. Le dessin et la peinture s’affirment dès l’enfance comme une « absolue nécessité ». 

Médecin de formation, Vincent Lajarige a voyagé à travers le monde avec la Croix Rouge et Médecins du monde. Ces rencontres humaines et la découverte de la forêt amazonienne vers la fin des années 1980 orientent son travail artistique vers l’arbre. 

En 2009, il crée avec le botaniste Francis Hallé l’association « Forêts Tropicales humides : le Film », dédiée à la réalisation d’un grand film sur ces forêts qui disparaissent. Cet espoir se concrétise avec la rencontre du réalisateur Luc Jacquet. Le film Il était une forêt sort en salle en novembre 2013. Sur les lieux de tournage au Gabon en 2012, il retrouve Francis Hallé et rencontre le peintre Mark Alsterlind : l’aventure commence ! 

« […] L’artiste est un être politique, constamment en éveil devant les déchirants, ardents et doux évènements du monde se façonnant de toutes pièces à leur image. » Pablo Picasso – 1945

 « Je cite volontiers cette phrase de Picasso tant elle me paraît essentielle et fondatrice d’une démarche de création. Ma préoccupation de peintre s’est orientée depuis plus de 20 ans vers des résonances terrestres, telluriques et marines. Entre origine et avenir. Elle s’est complétée depuis plus de 10 ans par un travail de sculpture mettant en scène le bois, l’arbre, la forêt pour retrouver dans les fibres oubliées, détruites, calcinées et usées une possibilité d’avenir. 

Retrouver la mémoire du bois et lui offrir la chance d’une autre vie. Essayer de donner à voir l’autre côté du décor, voir l’envers de nos surfaces et regarder l’intérieur. Discerner « l’âme » du bois, sa mémoire intime, redécouvrir une forêt et le mystère des choses, en reconnaître la beauté et arrêter de les détruire. » 

Isabeau Chirat

A la recherche d'un équilibre entre deux extrêmes. 

"Le rien existe aussi bien que le quelque chose" ou bien "le quelque chose dit du rien". 

Tout se passe dans l'ombre portée révélée par mes sculptures. Ce n'est pas le fil e fer qui est le sujet de mon travail, mais bien le vide qu'il révèle et organise. 

Jouer du plein et du vide, du précieux et sans valeur, sans oublier le passage du sujet à l'objet. 

Cette approche est identique pour tous mes travaux, abstraits ou figuratifs.

Bruno Le Sourd

Je sens la beauté qui monte au fond de moi. Je sais que je l’ai en commun avec tout homme parce qu’elle vient d’au-delà de moi . 

Un ami m’a conseillé de peindre du religieux, non pas pour convaincre, ni par prosélytisme mais seulement pour témoigner de ma joie intérieure. Sans volonté précise mais parce qu’il n’y a pas de joie plus intense que celle de la création. C’est peut-être la seule véritable action de grâce : témoigner que je suis « à l’image de Dieu » parce qu’il m’a créé avec la possibilité de créer à mon tour. Je suis un des éléments de la nature (de la création) capable de créer de la beauté, avec, en plus, la possibilité de le vouloir, de l’orienter et d’en être conscient. 

Lors d’un stage j’ai commis l’imprudence de parler de cette difficulté à exprimer ma Foi dans la peinture. Pourquoi ce projet, qui n’est peut-être qu’une vague velléité, interroge-t-il ou agace-t-il tant les autres ? Au point qu’ils en oublient ou occultent le reste de ma démarche. Ils m’ont posé beaucoup de questions à ce sujet. 

Qu’est-ce qui peut dire ma foi dans la recherche de la beauté ? 

Les fleurs, la montagne, la mer, le corps des femmes peuvent-ils dire à l’autre que la vie est un don ? 

Une pierre, une tache d’huile irisée dans un ruisseau, la structure d’une aile d’insecte, les lèvres d’un enfant, le sein d’une femme, peuvent-ils, par mon intermédiaire, devenir, si ce n’est un signe de Dieu, au moins un témoignage de la possibilité du sourire, de la beauté, du bonheur ?

Marie-Laure Gérard-Becuwe

L’artiste a la chance de pouvoir exprimer ses émotions à sa manière , à travers ses oeuvres . Quant au public , il va se laisse entraîner, ou pas, dans cet imaginaire.

Le syndrome de Florence, tel que Stendhal l’évoque , semble être l’idée même de ce lien entre art et transcendance . Cette sensation incroyable ressentie par le spectateur, submergé par la beauté, transporté par ses émotions à la vue du chef d’oeuvre au point d’en perdre conscience . 

Dans ma réalité, l’expression est plus légère, sans attendre qu’un amateur s’évanouisse devant une de mes sculptures... J’aime entendre dire de certaines personnes qu’ils partagent mon univers, que dans mes personnages ils voient un écho à leurs propres émotions. Le but est qu’ils s’approprient mes histoires et les interprètent dans leur imaginaire . 

Loin des somptueuses fresques de Fra Angelico, j’essaie d’utiliser l’humour et la poésie pour aborder des sujets tout aussi sérieux, qui nous concernent tous humains, comme la solitude, la religion, le rapport au temps, aux autres, à notre double. Même les petits riens peuvent conduire à une certaine spiritualité.

Pierre Huard

Fils de sculpteur, Pierre Huart a fait de son métier de forgeron un art. Puis il eut besoin de s’exprimer par la peinture. Et accède à la spiritualité à travers sa passion.

Son atelier de Flée (Bourgogne) est devenu peu à peu un lieu original d’exposition d’œuvres personnelles témoignant de la recherche spirituelle de cet artiste dont la culture est fortement imprégnée de mysticisme et de religiosité. 

« J’aime les crucifix et j’en possède plusieurs. D’abord, je regarde le personnage central et ensuite, je m’intéresse à la façon dont il a été représenté et mis en forme par le sculpteur. J’en ai forgé aussi ; là, j’en ai réalisé un petit que j’ai fabriqué avec du bois et j’ai gravé dessus le “petit bonhomme” », explique-t-il en montrant aussi d’autres œuvres mêlant le bois et le métal.

Marie-Gilles Le Bars

Je sculpte la lumière au fil de l'eau et des matières, éclairée par la poésie et à l'écoute de ma sensibilité. La nature et la spiritualité me guident profondément pour créer mes œuvres.

J’entretiens un dialogue des sens avec les pigments et l’eau comme dans un miroir. Ma découverte des papiers de lin me touche tout autant que la beauté et la richesse de la nature.

 

Au fil des années, ma peinture et plus généralement mes œuvres ont pris une forme plus abstraite poursuivant le même chemin : saisir l’insaisissable et le donner en partage. 

La spiritualité est un guide essentiel dans l'évolution de mon travail, s'ouvrant sur une grande profondeur intérieure.

 

La transcendance est pour moi un passage spirituel pour renaître et s’envoler, s’ouvrir à un nouveau monde.

J’ai choisi pour m’exprimer autour de ce thème l’image de l'évolution de la chrysalide vers le papillon.

“Lorsqu’une chenille arrive au bout de sa capacité d’évolution, elle commence à accueillir la perspective de sa transformation. Elle construit sa propre ‘grotte’ dans laquelle elle se retire afin de permettre sa métamorphose. Dans le silence paisible de l’obscurité de la chrysalide, elle prépare doucement sa métamorphose, isolée, suspendue dans le temps et dans l’espace.  

Elle doit mourir à son passé pour s’offrir à la promesse de la lumière et à son envol, pour qu’elle devienne la forme qui donnera au monde une beauté légère et lumineuse …. un papillon.”

www.marie-gilles.book.fr

Elodie Gonzalvez

L'exploration de l'infiniment petit pose de nouvelles questions sur la représentation du visible et sur les lois physiques qui animent le monde. 

« Le minuscule, porte étroite s'il en est, ouvre un monde. Le détail d'une chose peut être le signe d'un monde nouveau, d'un monde qui comme tous les mondes contient les attributs de la grandeur. La miniature est un des gîtes de la grandeur.» 
Gaston BACHELARD. Chapitre VII. In La poétique de l'espace. Presses universitaires de France. 

Mon travail se nourrit de vues au microscope électronique de cellules autant que de vues aériennes ou d'images prises par télescope. Ainsi je brouille les repères d'échelle pour tenter d'atteindre à une unification de l'infiniment grand et de l'infiniment petit.